Entitled II, des photographes « amis dans la vie et professionnellement »

Par Laure Brezard

La galerie Parfois est plus ou moins cachée sur St Laurent, en partie parce qu’elle n’a pas d’exposition continue et n’ouvre que pour des évènements temporaires. Les suggestions d’évènements Facebook n’ayant pas opéré leur magie pour m’informer du vernissage, c’est en me baladant par hasard que j’ai aperçu l’exposition de photo « Entitled II ». Deux des artistes, qui profitaient du soleil sur les marches, sont rentrés avec moi dans la galerie alors vide, et j’ai pu leur poser toutes mes questions (comme quoi, rater le vernissage avait aussi du bon). Leur exposition regroupe huit photographes, amis depuis leurs études en photographie au Cégep du Vieux Montréal. Cinq d’entre eux faisaient partie des huit photographes de leur première édition d’Entitled l’an dernier, et ils comptent continuer leur exposition dans le futur, pourquoi pas en incluant d’autres formes d’art.

Jessica Lelièvre, une des trois artistes à qui j’ai pu parler, me dit qu’ils se considèrent « amis dans la vie et professionnellement », tous avec « des styles différents mais [prenant] le médium à cœur ». Le nom Entitled joue sur la traduction anglais-français, faisant référence à un « propos, un intitulé », dans l’idée que tout le monde a un propos, quelque-chose à dire, sur la photographie. Leurs différents projets montrent justement les possibilités de la photo qu’ils explorent chacun à leur manière.

L’installation (sans titre) de Tommy Plouffe est un écran sur lequel sont projetées des diapositives que le public peut changer, avec un objectif pour zoomer ou dézoomer. Chacune des bandes de photos, reliées comme des négatifs, regroupe des reproductions d’images qu’il perçoit comme associées: des scènes de rue, des paysages urbains en couleur, … Le projet n’a selon lui pas forcément de démarche à part celle d’être interactive et de permettre aux gens de manipuler les images, se démarquant d’œuvres habituelles devant lesquelles le spectateur est passif.

A côté, Distant Memories de Julie Ciot questionne les effets de la photographie sur nos souvenirs et notre rapport au temps qui passe, avec nos évolutions et oublis, à travers des photos tachées, mouillées, froissées : ‘As I was trying to visualise fading memories / I found myself creating what I couldn’t fix’.

Le projet de Jessica Lelièvre est plus directement personnel, associant des portraits en noir et blanc de ses parents et une vidéo d’archives prise par son père, retraité militaire, pendant la guerre (« enfin ça me parait plutôt de la colonisation, je sais pas si on peut appeler ça une guerre ») en Afghanistan, et montrant l’attitude « maussade » qu’elle a par rapport à la guerre.

Dans le cas de Nicolas Rebolledo, c’est l’espace photographié qui lui est proche, capturant des scènes de la rue Masson, près de laquelle il vit, sur une zone délimitée et pendant une durée de deux mois. Ses photos montrent, malgré la tendance du quartier à se gentrifier, la persistance de pauvreté à travers des portraits et natures-mortes sobres et intimes.

Dans une démarche similaire, Louis Desautels photographie un quartier qui a « laissé des traces » sur lui, mais aussi les traces que les humains ont laissé sur Pointes-aux-Trembles, d’anciens parcs industriels et pétrochimiques étant juxtaposés à des parcs naturels. L’eau et l’air autour de cette zone, toujours pollués et dangereux pour la santé humaine, ainsi que la reprise de terrain par la faune et la flore, montrent les impacts mutuels que la nature et l’humain ont l’un sur l’autre sur lesquels le travail de Louis se concentre.

Si ces artistes ne se regroupent pas assez souvent pour se percevoir comme un collectif, et qu’il faudra sûrement attendre l’année prochaine pour un Entitled III pour découvrir leurs prochains projets, pensez à regarder s’il n’y a pas d’expo sympa à laquelle jeter un coup d’oeil la prochaine fois que vous marcherez sur St Laurent!

Si vous voulez être au courant des vernissages, voilà le facebook de la galerie.

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